Le 18 juillet 2020, les masques sont devenus obligatoires dans les espaces publics intérieurs au Québec, ce qui a provoqué un débat au sujet des avantages véritables du port du masque comparativement à ses inconvénients, car certains s’y opposent. Les déclarations de contestataires ont semé la confusion chez plusieurs personnes. Le Dr Maxime Cormier, qui est pneumologue à l’Institut thoracique de Montréal du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) spécialisé en asthme et l’un des principaux médecins à avoir inauguré la première unité de COVID au site Glen, a participé à la conversation et offert des éclaircissements quant à certains mythes entourant le port du masque.

Est-il vrai qu’il est difficile de respirer avec un masque et que les asthmatiques ne devraient pas en porter? D’un point de vue respiratoire, il n’y a pas de raison médicale pour laquelle vous ne devriez pas porter de masque. Les seules raisons qui pourraient rendre le port du masque problématique seraient dans des cas de brûlures graves ou de déformations du visage ou de certaines formes de syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Les patients asthmatiques dont les symptômes varient de légers à graves, même ceux qui dépendent de leur inhalateur, peuvent respirer confortablement en portant un masque. Cela dit, les symptômes respiratoires de certains patients empirent lorsqu’ils portent un masque, non pas en raison de l’aggravation de leur asthme, mais de l’anxiété causée par le port du masque. Cette anxiété provient de la sensation de restriction du débit d’air associée au fait de couvrir partiellement le visage. « Il s’agit d’une réaction très courante chez les patients souffrant d’asthme », fait remarquer le Dr Cormier, « et il est parfois difficile de faire la distinction entre des symptômes d’asthme, de syndrome d’hyperventilation ou de respiration dysfonctionnelle. »

Les patients atteints de syndromes de respiration dysfonctionnelle présenteront possiblement des symptômes provoqués par le port du masque, mais ce n’est pas dangereux et on peut les atténuer à l’aide d’exercices de respiration.

Est-il vrai que les particules de COVID-19 sont si petites qu’elles peuvent passer à travers le tissu des masques, ce qui les rend inutiles?

Nous avons appris que la transmission du virus peut se produire un à deux jours avant l’apparition de symptômes et qu’elle peut s’effectuer par des personnes symptomatiques ou asymptomatiques. Cependant, le virus doit se trouver dans l’air à l’intérieur d’une gouttelette respiratoire pour se transmettre, ce qu’un masque peut prévenir. Le Dr Cormier tient toutefois à souligner que la principale raison pour laquelle on encourage les gens à porter un masque est davantage pour éviter que d’autres personnes attrapent le virus que pour se protéger eux-mêmes. Si les gens qui vous entourent portent un masque, alors vous êtes protégé et vice-versa.

Que pensez-vous des rapports de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) selon lesquels le virus se propage dans l’air?

« De nouvelles études laissent entendre qu’il peut y avoir une transmission là où les gens peuvent potentiellement expirer davantage de particules à proximité d’autres personnes, comme en chantant ou en parlant fort dans un restaurant ou un bar ou même pendant une répétition de chorale », affirme le Dr Cormier. « Dans ce type de contextes, le virus peut se propager dans l’air, car les gens sont plus susceptibles d’être proches les uns des autres, mais cette nouvelle hypothèse fait encore l’objet de discussions. »

Étant donné que la principale façon d’attraper la COVID-19 est en touchant une surface contaminée, puis en vous touchant la bouche ou un œil, l’inhalation de gouttelettes respiratoires ne représente qu’une infime partie de la transmission mécanique.

Est-il vrai que lorsqu’on porte un masque, on inspire le dioxyde de carbone que nous expirons, ce qui peut nous rendre très malades et pourrait potentiellement être mortel?

La véritable concentration de CO2 lorsqu’on expire est plutôt faible. Lorsqu’on respire, une partie de notre débit d’air s’arrête à la trachée et aux bronchioles et n’intervient pas entièrement dans l’échange de gaz qui le transforme en CO2. Nous inspirons environ 500 ml d’air à la fois et la quantité de CO2 que nous inspirons de nouveau de nos expirations précédentes est si minime qu’elle ne pose absolument aucun danger. Elle n’affecte absolument pas nos niveaux de CO2 ou d’oxygène. Un bon exemple à prendre en considération est celui des chirurgiens et des infirmières qui portent des masques plus serrés pendant de très longues périodes tous les jours. Il n’existe aucune preuve que cela ait des effets néfastes sur la santé autre qu’une « sensation de chaleur ou d’inconfort ».

Est-il vrai que si on a contracté la COVID et qu’on respire dans un masque, les particules de COVID qu’on inspire de nouveau vont aggraver notre infection et augmenter notre risque de mourir?

C’est complètement faux. Si vous avez la COVID-19, il y a déjà un certain nombre de particules virales à l’intérieur de vos cellules infectées, alors la petite quantité de particules virales qui pourraient se trouver dans votre masque est négligeable comparativement aux niveaux déjà présents dans vos poumons et vos voies respiratoires. Votre corps éliminera le virus à l’aide de son système immunitaire et non en le « rejetant » dans l’air, ce qui fait que porter un masque n’altérera pas votre processus de guérison de la COVID-19. « Tousser » le virus ne vous fera pas guérir plus rapidement. En fait, cela pourrait plutôt infecter ceux qui vous entourent. Par conséquent, porter un masque est la meilleure solution, même si vous avez la COVID.

Est-il vrai que les masques en tissu sont les pires et que les masques d’hôpital doivent être changés toutes les 20 minutes?

Tous les types de masques qui bloquent les gouttelettes respiratoires contenant des particules virales contribuent à prévenir la propagation du virus. Bien que certains types de masques puissent avoir de meilleures propriétés de filtration d’air (comme un N95) ou de meilleurs niveaux de confort, l’idée est d’avoir un masque qui servira de barrière et bloquera la propagation des gouttelettes respiratoires. N’importe quel couvre-visage (en tissu ou en papier) fera l’affaire. Il est vrai qu’un masque chirurgical peut devenir mouillé plus rapidement, ce qui fait que les gouttelettes pourraient plus facilement se détacher du revêtement extérieur du masque, mais c’est mieux que de ne pas porter de masque du tout. Nous recommandons quand même de changer de masque chirurgical en papier lorsqu’il est visiblement mouillé ou souillé.

Est-il vrai qu’il y a eu une augmentation de cas de maladie du légionnaire causés par le port de masques sales?

Il n’existe absolument aucune preuve que le port du masque augmente votre risque de contracter la maladie du légionnaire. Cette maladie, aussi appelée légionellose, est un type d’infection pulmonaire que l’on contracte lorsqu’on inhale des gouttelettes contenant la bactérie causant la maladie, dans ce cas la bactérie Legionella pneumophila. Cette bactérie se trouve habituellement dans des eaux stagnantes contaminées, comme dans des réservoirs à eau chaude, des tours de refroidissement ou de gros systèmes de climatisation. Elle n’est d’aucune façon associée aux masques ou au couvre-visage.

Il n’est pas certain que le masque soit efficace à 100 % pour empêcher la transmission, mais le Dr Cormier est d’avis qu’il diminue assurément les risques de manière exponentielle. Si tout le monde respecte les deux mètres de distanciation physique, adopte de bonnes pratiques sanitaires et porte un masque, les risques de contracter le virus deviennent minimes et la propagation du virus de la COVID-19 dans la communauté peut diminuer.

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